Campagne électorale : dysfonctionnement ou traitement de faveur du candidat Paul Biya ?

Campagne électorale : dysfonctionnement ou traitement de faveur du candidat Paul Biya ?

Depuis le début de la campagne pour la présidentielle du 7 octobre 2018, le candidat du RDPC, Paul Biya, occupe la part du lion dans ce qui est convenu d’appeler la propagande communicationnelle. En fait, toute une polémique est créée sur le déséquilibre dans le traitement des candidats, notamment en ce qui concerne l’occupation des espaces publicitaires (panneaux publicitaires urbains)

Ces déséquilibres ont d’abord eu un écho retentissant après la mise à la disposition des candidats des financements publics liés à la campagne électorale. On est confronté à des remous à n’en plus finir où les doigts sont pointés vers les autorités accusées d’être de connivence avec le parti au pouvoir pour empêcher les candidats de l’opposition de mener une campagne électorale digne de ce nom.

A propos du financement de la campagne

Le 18 septembre 2018, le ministère de l’administration territoriale invite les candidats ou leurs représentants percevoir ce qui leur ait dû en terme de financement public. Il faut préciser que c’est une disposition prévue par le Code électoral à son article 286 sur le financement public des campagnes électorales. Les candidats et leurs représentants ont été surpris de constater que les autorités allouent 15 millions de Fcfa pour la première tranche. La deuxième tranche ne doit être perçue qu’après les résultats, à condition que le candidat ait obtenu au minimum 5% de suffrages exprimés en sa faveur.

Cette loi ne prévoit malheureusement pas le montant attribué à chaque candidat. La question que l’on se pose est alors celle de savoir la base de fixation de ce montant par les fonctionnaires du ministère. Ce qui est évident, le parti au pouvoir, le RDPC en l’occurrence, dont le président est également candidat, tire les manettes de ce financement. Il n’est donc pas question de donner à ses adversaires les moyens financiers de combat. C’est une évidence parce que c’est de bonne guerre. En réaction, les candidats de l’opposition n’ont pas fait l’économie de la critique pour mettre le RDPC sur le banc des accusés.

En fait, il a été, à maintes reprises et à chaque échéance électorale, reproché au RDPC de s’octroyer toute la logistique de l’Etat pour sa campagne. Les hauts fonctionnaires ou les cadres de l’administration, membres du parti au pouvoir, désertent toujours les bureaux en période de campagne. Ils font le déplacement en véhicules administratifs dotés de chauffeurs et de carburant payés au frais du contribuable. Pendant ce temps, les candidats de l’opposition doivent financer leur campagne de leur propre poche. Le montant du financement accordé par le ministère a été considéré comme une provocation de trop. Raison pour laquelle, sur les 9 candidats de la présidentielle, 6 ont décidé de ne pas encaisser.

Les espaces publicitaires unicolores

A l’ouverture de la campagne le samedi 22 septembre dernier, beaucoup ont été surpris de la prolifération, de l’envahissement des affiches au portrait officiel du candidat du RDPC, Paul Biya, dans les grandes villes. Ces affiches, du plus petit au plus grand format des panneaux publicitaires, en terme de quantité, ont damé le pion à toutes les autres. Presque tous les espaces, publics comme privés, ont été occupés. Que prévoit la loi en terme d’affichage de campagne ?

Les documents de campagne établis sur papiers sont de divers types : des circulaires, des professions de foi et des affiches. Par contre, leur format maximal n’est pas prévu par la loi. Selon l’article 87 alinéa (4), seul le Directeur Général d’Elecam fixe les formats à travers une décision. Depuis l’ouverture de la campagne officielle, Erik Essousse n’a agi qu’à travers les démembrements d’Elecam dans le pays. Difficile de se rendre compte ou même d’être au courant de l’existence d’une telle décision. Cependant, l’article 91 du Code électoral stipule que l’emplacement des affiches sont des espaces réservés par les municipalités à la demande d’Elecam. Autrement dit, Elecam doit attribuer équitablement des espaces à chaque candidat désireux de mettre ses affiches.

Rien ne filtre jusqu’ici à la question de savoir si les candidats de l’opposition ont formulé des demandes d’espaces publicitaires. Mais, il est quand même curieux de constater que cette institution chargée d’organiser les élections ne s’est pas gênée, du moins pas pour le moment, de constater que les affiches du candidat du RDPC sont apposées sur les espaces non prévus : les murs privés, les poteaux électriques, etc. Selon l’alinéa (2) de l’article cité ci-dessus, les espaces non réglementaires sont interdits d’affichage. Pourquoi Elecam ne s’exécute-t-il pas pour procéder, comme lui exige la loi, à l’enlèvement immédiat de ces affiches apposées illégalement ? Pour le moment, c’est le directeur de campagne d’un candidat de l’opposition Maurice Kamto qui a saisi Elecam pour dénoncer son laxisme.

L’interdiction des meetings en période de campagne électorale

L’article 93 du Code électoral prévoit deux cas de figure à propos de l’organisation des manifestations publiques (campagnes électorales ou réunions) : les candidats peuvent déposer un calendrier des manifestations auprès des autorités administratives et les démembrements territoriaux d’Elecam, soit déclarer ces manifestations 24h avant leur tenue. Peut-on alors interdire les manifestations publiques en période de campagnes électorales ? Oui. La loi prévoit deux cas possibles. Selon l’article 94, les manifestations sont interdites « en cas de menace manifeste ou de troubles graves à l’ordre public » ou encore lorsqu’elles ont lieu sur la voie publique.

Cette interdiction a été formulées au candidat Cabral Libii à l’ouverture de sa campagne électorale à Douala-Cité-Cicam. Heureusement, le meeting a eu lieu le dimanche 23 septembre au lendemain du lancement de la campagne. Un bémol cependant quant à la tenue de ces manifestations. L’autorité administrative peut proposer un autre lieu ou autre date au candidat. Mais, le souci ici est de savoir si le candidat refuse les propositions, qu’adviendra-t-il ? C’est ce qui est arrivé au candidat Maurice Kamto qui a, malgré l’interdiction, tenu son meeting le samedi 22 septembre là où il le désirait à Douala-Bonabéri. C’est dire qu’on assistera à un bras de fer durant cette campagne entre les candidats de l’opposition d’une part, les autorités administratives et Elecam d’autre part.

Que se passe-t-il à la CRTV ?

Le 18 septembre 2018, 5 candidats ont publié un communiqué dans lequel ils fustigeaient « l’iniquité provocatrice du traitement réservé aux candidats à l’élection [présidentielle] autres que le RDPC ». Il s’agit ici d’une décision prise par la CRTV, la chaîne de téléradio publique, d’accorder des espaces (heures de diffusion) et des équipes de reportages aux candidats de la présidentielle.

Pour eux, la CRTV s’illustre par « une véritable campagne de propagande pro candidat RDPC ». Quelques faits non négligeables : les heures tardives de diffusion des émissions de campagne n’arrangent pas les plaignants pour la simple raison qu’il serait impossible pour beaucoup de suivre la campagne à ces heures où la fatigue de l’audimat est beaucoup trop probable. Les griefs les plus visibles et choquants sont l’attribution des équipes de campagnes aux candidats. Sur 13 équipes de journalistes et de techniciens mises à la disposition des candidats, 5 ont été octroyées au seul candidat Paul Biya du RDPC. Tandis que les 8 autres candidats se verront accordés une équipe chacun.

Ces multiples traitements de faveur au bénéfice de Paul Biya témoigne-t-ils de la faiblesse d’Elecam à sévir ? Manifestement oui, pour la simple raison que les critiques qui ont suivi la promulgation de cette loi sur le code électoral ont mentionné ces insuffisances liées à la mainmise du pouvoir exécutif sur l’organisation des élections au Cameroun.

Photo : Facebook

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