Comment on prépare l’opinion à accepter la défaite de l’opposition

Comment on prépare l’opinion à accepter la défaite de l’opposition

L’un des éléments importants dans la campagne électorale, c’est principalement la bataille communicationnelle. Cette bataille a pour fondement la formation et la construction des opinions sur une ou des idées plus ou moins fausses qu’on veut faire avaler aux électeurs. L’objectif est bien évidemment d’orienter leur opinion. Et cela a pour effet de jouer sur leur choix le jour du vote.

La stratégie consiste, dans cette bataille communicationnelle, à la diffusion des fausses informations sur les qualités, les déclarations ou les actes d’un leader ou d’un parti concurrent. Certains diront que c’est de bonne guerre pour la simple raison que nous sommes dans un contexte de campagne électorale où la propagande reste la règle d’or.

Tous les partis politiques sont réputés dans cet art de la bataille communicationnelle. Mais, tous les partis politiques ne disposent pas suffisamment les mêmes moyens financiers et institutionnels pour affronter les enjeux liés à une stratégie communicationnelle efficace. Le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), nanti de sa position de pouvoir et des privilèges dont il jouit de par ses membres hauts cadres de l’administration et hommes d’affaires, peut se payer un tel luxe. Le parti a intérêt à s’y investir s’il veut bien préserver cette position de pouvoir.

Pour les partis politiques de l’opposition, ils disposent, eux aussi, des moyens de communication. Ils s’appuient sur la communication de masse comme les réseaux sociaux. Ils ont l’avantage d’être populaire et donc accessibles, ne serait que 5 à 25% de la population camerounaise. Ces leaders des partis politiques de l’opposition disposent alors d’un moyen de propagande autant efficace que les médias traditionnels.

Les idées véhiculées qui « intoxiquent » la campagne et diluent finalement les vrais discours des candidats sont légion. Ces idées qui ne sont pas forcément fausses, mais à force d’insister et d’en faire des fixations à renfort de publicité à chaque détour d’un débat, ça devient une obsession. Cela montre à quel point on veut détourner les électeurs des vrais combats.

La coalition ou l’ego surdimensionné des leaders

Cette idée de coalition et de candidature unique ressemble à une couleuvre qu’on veut faire avaler à l’opinion pour la préparer à accepter la victoire du tyran. Comme ça on dira que Paul Biya a gagné parce que les candidats des partis politique de l’opposition ont été incapables de s’entendre pour former une coalition. C’est un discours pernicieux qui renvoie à l’idée selon laquelle les leaders des partis politiques de l’opposition candidats à la présidentielles refusent de s’organiser pour gagner.

La première idée qu’on veut véhiculer à l’opinion est que l’opposition est divisée, égoïste, désorganisée et pas ambitieuse. Chacun ici luttant pour ses propres intérêts, refuse de proposer une alternative au système, mais se bat pour l’alternance. La deuxième idée qu’on veut faire avaler à l’opinion c’est le fait qu’aucun leader d’un parti politique de l’opposition ne peut être capable, seul, de renverser le parti au pouvoir. Il faut donc absolument une coalition des leaders des partis politiques de l’opposition pour venir à bout d’une machine comme l’UNC-RDPC au pouvoir depuis l’indépendance. Elle est tellement puissante tant sous le plan matériel, financier qu’humain.

Cette stratégie consiste à préparer l’opinion à faire abstraction des fraudes électorales pour s’offusquer de l’ego des leaders. Ainsi, l’opinion intériorisera la défaite comme le fait des opposants eux-mêmes qui, par leur refus de la coalition, et donc leur ego surdimensionné, en acceptant de cavalier seul, ont préparé eux-mêmes leurs propres défaites.

Du coup, l’échec de la coalition devient un argument de campagne du parti au pouvoir pour déstabiliser ses adversaires. Ce discours passe facilement dans un contexte où l’opinion nourrit le vœu de voir tous les leaders de l’opposition aller en rang serré pour venir à bout de cette machine infernale. D’autres vont jusqu’à expliquer que la raison de la démotivation des Camerounais par leur refus de s’inscrire massivement sur les listes électorales.

Une multitude de candidatures et la dispersion des voix

La conséquence évidente de l’échec d’une coalition des leaders des partis politique de l’opposition est, bien entendu, la multitude des candidatures. En 2011, la présidentielle avait enregistré 53 candidatures au total. Finalement, il y a eu 23 candidatures validées par Elecam. Pour cette présidentielle du 7 octobre 2018, 28 candidatures ont été enregistrées et 9 candidatures ont été retenues. Ce qui est curieux c’est l’apparition des figures presque inconnues du public camerounais. Dans un jeu électoral flou, on se pose bien la question de savoir à quoi peut servir la participation d’un candidat qui est sûr de perdre carrément ?

Le code électoral, tout comme la constitution n’autorise qu’une élection à un seul tour. Conséquence, le vainqueur est déclaré président de la république avec une majorité relative. La meilleure stratégie ici serait d’éviter la dispersion des voix des électeurs en allant en rang serré, et donc, de faire la coalition. Cette coalition a cet avantage de donner au scrutin une allure de second tour où on aura en duel le candidat du parti au pouvoir contre celui de l’opposition. Ce dualisme donnera une autre couleur à la campagne qui fera certainement améliorer l’image de l’opposition, et donc son score.

Théoriquement, c’est une stratégie très ambitieuse, mais difficile à concrétiser. Dans cette bataille communicationnelle, le parti au pouvoir est accusé de « sponsoriser » certaines candidatures dans le but de créer le flou. Dans ces conditions, il sera impossible de faire une coalition ou un duel. Peut-on constituer une coalition avec des « pions » du régime ? Les partis politiques de l’opposition se défendent bien en prétextant que c’est le RDPC qui sème la zizanie pour justifier l’ego surdimensionné des candidats de l’opposition.

La participation comme une garantie de la légitimité du vainqueur

Les leaders des partis politiques de l’opposition s’offusquent depuis fort longtemps déjà de cette caporalisation de l’institution qui organise les élections et sur le code électoral taillé à la solde du régime.

Les partis politiques de l’opposition et la société civile ont longtemps exigé, pour la crédibilité des élections, que le code électoral soit consensuel et non taillé à la solde d’un individu. Ici, on prépare l’opinion à accepter la défaite des candidats des partis politiques de l’opposition par le simple fait qu’en acceptant de participer aux élections qu’ils estiment eux-mêmes perdues d’avance, ils acceptent et entérinent la crédibilité des résultats. Autrement dit, les opposants qui acceptent de participer aux élections avec le mauvais code électoral doivent aussi accepter les résultats des scrutins.

On ne revendique pas la victoire d’un match qu’on sait fraudé d’avance. On a comme l’impression qu’un bon code électoral, je veux dire un code électoral consensuel, empêche automatiquement les contentieux électoraux.

Le boycott avait été trouvé comme solution en 1992 par certains partis politiques de l’opposition comme le SDF. Cette solution a été fâcheuse dans la mesure où les partis politiques de l’opposition qui ont pris part aux élections législatives de 1992 ont été majoritaires à l’assemblée nationale. C’était une aubaine qui aurait permis, à cette époque, de donner un coup de fouet au pouvoir par des révolutions intentionnelles. Mais, les leaders de ces partis politiques de l’opposition majoritaires ont plutôt décidé de plier l’échine devant le pouvoir. Le SDF avait donc loupé le coche.

Depuis lors, le boycott est devenu comme une lâcheté et non comme une stratégie. Les leaders des partis politiques de l’opposition n’osent plus envisager un boycott qui sera analysé par les partisans du RDPC comme le fait de l’opposition d’accéder au pouvoir par une rébellion armée et non par les urnes. D’ailleurs, le boycott de la présidentielle par Kah Walla, présidente du Cameroon’s People Party (CPP) est déjà interprété comme un soutien aux indépendantistes anglophones. Cela peut notamment expliquer la crise entre ce parti et l’administration.

2 comments

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2 Comments

  • Uyi
    18 août 2018, 8 h 43 min

    Un ramassis de conneries. C’est comme ça que vous déstabilisez ce pays

    REPLY
    • Etoudi 2018@Uyi
      4 septembre 2018, 10 h 17 min

      Bonjour. Ce serait intéressant d’avoir vos arguments pour soutenir votre point de vue au sujet de cet article.

      REPLY

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