Élection présidentielle : 3 questions aux équipes de campagne du candidat sortant

Élection présidentielle : 3 questions aux équipes de campagne du candidat sortant

Cette année, le RDPC, parti au pouvoir, a préféré donner la priorité à la campagne de proximité au détriment des meetings traditionnels. C’est plutôt une bonne chose, parce que de cette façon-là, la campagne sera plus interactive, ce qui donnera aux électeurs l’occasion de poser des questions directement aux concernés.

Personnellement, j’espère qu’ils viendront jusqu’à mon domicile dans le cadre de cette campagne, parce que j’ai un certain nombre de questions pour eux. En attendant ce jour improbable, je leur pose tout de même trois questions à travers ce billet.

Question 1 : qu’est-ce qui était prévu pour le septennat qui s’achève ?

Depuis quelques semaines, le parti au pouvoir se sert de tous les moyens mis à sa disposition pour dresser le bilan des 7 années qu’il vient de passer aux affaires. Exercice plutôt intéressant, surtout quand on écoute les ministres de la république, sur la chaîne nationale, dresser un bilan élogieux du septennat qui s’achève.

Mais, tel qu’ils le dressent, le bilan ne peut être que positif, vu qu’un certain nombre d’éléments, qui auraient permis de rendre lesdits bilans crédibles, manquent.

Une évaluation crédible de ce qui a été fait se base sur ce qui était prévu. Dire, par exemple, que « plus de 100 hôpitaux et centres de santé ont été créés » peut sembler positif. Cependant, qu’est-ce qui était prévu comme réalisations pour le mandat qui s’achève ? Si 1.000 hôpitaux sont prévus et que seulement 100 sont construits, il devient difficile de considérer ce bilan comme positif.

Pour établir un bilan crédible, il faut s’appuyer sur le projet, la projection faite en amont. Quel était le programme initial du parti au pouvoir en 2011 pour qu’aujourd’hui on vienne établir le bilan ?

Question 2 : Qu’est-ce qui a été fait ?

Pendant quelques semaines, le quotidien à capitaux publics Cameroon Tribune a entrepris de dresser le bilan – élogieux, on s’en doute – du président au cours des sept dernières années. Mais une fois encore, il est difficile d’évaluer la pertinence de ce bilan, vu qu’il ne se fait pas en fonction du programme, de la projection faite en 2011 (si projection il y a eu).

Pour qu’un bilan soit un tant soit peu crédible, il est nécessaire d’évaluer le pourcentage d’exécution des différentes promesses. C’est de cette évaluation que les uns et les autres pourront objectivement décider s’il est positif ou pas. Et c’est ce qui manque aux bilans que nous écoutons sur les ondes presque tous les soirs depuis quelques temps déjà.

Beaucoup de choses ont été faites – on veut bien le croire –, mais dans quel cadre ont-elles été faites ? Le recrutement des 25.000, le plan triennal spécial jeunes, les routes qu’on refait etc, était-ce prévu dans le programme du candidat en 2011 ou bien s’agit-il tout simplement de la gouvernance par improvisation due à l’excès d’expérience ? Le programme est un guide, bien sûr, et il faut encore compter sur les imprévus et autres réalités du terrain, mais dans ce cas, il convient d’établir un bilan en fonction de ce qui était prévu, et ensuite de tirer les conclusions qui s’imposent par exemple pour rectifier le tir.

Question 3 : Quel est l’impact des réalisations sur la population ?

Même un programme réalisé à 100% n’est pas un gage de bilan positif. Il faudrait encore que les retombées de ces réalisations soient bénéfiques aux populations, c’est-à-dire contribuent à améliorer leur niveau de vie. Et c’est ce qui justifie ma troisième question.

Augmenter le budget de l’éducation a-t-il permis d’améliorer la qualité des enseignements au Cameroun ? La construction de 100 nouveaux hôpitaux et centres de santé a-t-il permis d’améliorer la prise en charge des patients sur toute l’étendue du territoire ? La mise sur pied de la Commission nationale pour le bilinguisme et le multiculturalisme a-t-il permis de régler ou d’atténuer le problème anglophone ? Quelles sont les avancées en matière de décentralisation depuis qu’un ministère dédié a été créé ? Combien d’emplois ont été créés par le plan triennal spécial jeunes ? En quoi le plan d’urgence triennal a permis d’améliorer le bien-être des populations ? Etc.

Un programme exécuté à 20% peut être plus positif qu’un programme couvert à 100%, parce qu’en fin de compte, c’est l’impact sur les populations, sur leur niveau de vie, sur le bien-être qui importe le plus.

En attendant les réponses

Personnellement, je n’ai constaté aucune amélioration dans ma vie durant les sept années qui s’achèvent. Mais bien sûr, il ne s’agit pas que de moi. C’est la raison pour laquelle, j’attends l’équipe de campagne du candidat sortant, avec chiffres à l’appui – mais oui ! -, pour qu’ils viennent me donner un bilan détaillé de leur dernier passage à la tête du pays. En attendant, inutile de dire que mon vote est réservé à un autre candidat.

Photo : AFP/Landry Nshimiye

Fotso Fonkam
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