#Etoudi2018 : Les arcanes du scrutin

#Etoudi2018 : Les arcanes du scrutin

Le scrutin du 7 octobre 2018 a un enjeu majeur : présider aux destinées futures du Cameroun, pendant au moins 7 ans. Alors que la campagne bat son plein, je me suis fait une réflexion banale : « et si certains partis ont mal conduit leurs campagnes ? »

Pour élire, il faut au moins des électeurs, connaître les candidats (et les candidats doivent connaître leur électorat, il va sans dire) et dans une moindre mesure, savoir le savant dosage des ingrédients qui fait la réussite des uns, ce qui fait que la « sauce prenne ».

Être élu, oui. Mais comment ?

Président de la République : une destinée qui fait rêver au moins huit candidats en lice. Le neuvième, qui veut reconduire son mandat, y voit probablement l’occasion d’achever son programme et surtout de récolter lui-même les fruits de son mandat précédent. Cependant, il faut avoir une bonne connaissance du terrain et faut-il le rappeler ? Le peuple camerounais, du fait de sa pluralité, est un électorat exigeant : clivages tribaux et identitaires, intérêts économiques et géostratégiques à la fois nationaux et internationaux, fossé générationnel sont autant d’entités, parmi tant d’autres, que doivent affronter les candidats. Je ne brosse ici, de façon grossière, que les aspérités visibles de ce terrain politique. On peut croire que c’est facile et pourtant.

Il est un autre enjeu que les partis ont « oublié » de réclamer à ELECAM, l’organisme en charge des élections de cette envergure au Cameroun : le nombre de bureaux de vote. Il faut rappeler que, passé l’engouement des campagnes, une fois la liesse du peuple apaisée, il faut passer à l’acte ; procéder au scrutin, choisir le candidat adéquat, celui qui nous a convaincu. Seulement, l’électorat n’est pas suffisamment rompu au jeu électoral et c’est ici que rentre en jeu, le rôle éducatif des partis et partant, la connaissance du nombre de bureaux de vote.

De façon basique, c’est ce nombre de bureaux de vote qui déterminera à la fois le nombre d’observateurs de chaque parti et où les déployer car dans chaque bureau de vote, tous les partis doivent être représentés. Ce sont les représentants de chaque parti qui s’assurent que tout électeur qui va dans l’isoloir a, parmi les autres bulletins, celui de son parti. En 2011, j’ai pu observer que certains partis non représentés dans le bureau de vote où j’ai officié, avaient leur pile de bulletins quasi intacte. Le tout n’est pas de battre campagne, mais aussi d’éduquer la population au jeu électoral.

Le peuple camerounais est-il peureux ?

Je dirai non, tout de suite. En apportant cette nuance qu’il y a un souci d’information qui se pose et de rendu politique aussi. Les campagnes se bâtissent sur une stratégie. Le tout est de ne pas danser la musique de l’autre. Un cas d’école: Le RDPC a choisi de déposer sa flamme au creux de vos mains, où les jeunes sont le plus actif. Cette façon, complètement en marge des us politiques au Cameroun, d’annoncer sa candidature a fait le tollé. En 2 semaines, la toile s’est embrasée et la sphère politique a frémi.

Personnellement, j’avais souri et j’avais dit à des jeunes de mon âge (dans la trentaine) : “La campagne a commencé. On va pouvoir voir les autres suivre le La.” Les autres m’ont trouvé bien optimiste et pourtant, en faisant une veille attentive des réseaux sociaux, il a été facile de remarquer qu’en s’aventurant où on ne l’attendait pas, le candidat a ramé à contre-courant: “twitter, c’est hype, c’est jeune, c’est branché”. C’est là qu’on peut toucher la jeunesse car ils y sont davantage actifs, c’est là qu’ils échangent, grâce au jeu de la démocratie. Une opinion reste une opinion, qu’elle soit “bonne” ou pas. Et tout le monde a joué cette partition: les uns se en créant une présence digitale, les autres, passé le premier moment de stupeur, se sont faits agressifs et les sympathisants s’en sont donné à cœur joie : du marketing politique dans toute sa splendeur: jamais, dans l’histoire politique du pays, une candidature n’avait été annoncée via les réseaux sociaux. Pourtant, on aurait dû y penser. Il faut convenir que c’était un coup de maître. Je disais tantôt qu’il faut connaître son électorat. Ceci est une preuve.

A l’image de son parti, le candidat d’UNIVERS a préféré appuyer sur la pédale “diaspora” pour se constituer une base solide. Ainsi, comme les autres, il a mis en avant l’aspect d’alternance politique, de “sang neuf” et surtout de rassemblement car on croit savoir que les suffrages les plus hostiles au candidat en place se trouvent hors du triangle national et au sein de la jeunesse. C’est le moment de mentionner celui qui a bâti patiemment son électorat dans l’ombre, le MRC, pour être prêt à cette course présidentielle. Si le combat reste serré, il faut ajouter ici deux données : le programme et les médias dits traditionnels. De regrettables atavismes restent cependant à relever.

Les erreurs observées et à corriger

Il faut éduquer continuellement son électorat. Une campagne rondement menée consiste non seulement à initier ses électeurs au jeu du scrutin en les amenant à s’inscrire à temps et massivement sur les listes électorales pour ne pas se trouver dépourvus le moment opportun. Une fois de plus, on ne va cesser de le redire: s’assurer que toutes les informations statistiques sont publiées à temps pour avoir ses émissaires dans chaque bureau de vote.

Avoir un programme bétonné car les camerounais refusent de plus en plus sardines et autres victuailles pour s’intéresser au devenir de leur pays. Enfin, soigner son image à travers un discours coordonné et cohérent, tout en veillant à être imprévisible de l’adversaire. On voit ici l’émergence d’un travail de fond sur les questions cruciales et des corps de métier de la communication pourtant délaissés au profit de l’approximation.

Avec neuf candidats, cesser de mettre l’individu au centre des préoccupations au profit de la communauté: il ne s’agit pas d’une course d’un seul contre huit autres, mais de chacun pour soi pour tirer son épingle du jeu. Du moins, jusqu’à ce que s’opère le jeu des alliances et coalitions.

Cette analyse, brossée à la va-vite, relève les griefs les plus saillants. Les autres peuvent être exposés en suite de ce billet.

Chris Mbou
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