Il n’a jamais été question d’une coalition de l’opposition

Il n’a jamais été question d’une coalition de l’opposition

Malgré l’impression qu’ils ont donnée aux électeurs pendant quelques semaines, il semble désormais évident que les candidats de l’opposition à l’élection présidentielle n’ont jamais eu l’intention de former une coalition.

Depuis la convocation du corps électoral par le président de la république en juillet dernier, et après les différentes déclarations de candidature, des appels de plus en plus pressants et nombreux à l’opposition de former une coalition pour affronter le candidat du parti au pouvoir, le président sortant Paul Biya. Si visiblement les candidats de l’opposition n’ont pas été sourds à ces appels, il semble désormais évident que, depuis le départ, il n’a jamais été question pour eux de former une coalition.

Le prétexte de la stratégie

Vu l’apparente volonté des leaders des différentes formations politiques à se mettre ensemble pour affronter le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), plusieurs ont été étonnés de constater que chacun des candidats qui se disaient favorables pour une coalition est allé déposer sa candidature individuellement.

La raison qui a été donnée pour expliquer cela, c’est qu’il ne fallait pas déposer une candidature unique, de peur qu’elle ne soit rejetée et que cela réduise définitivement à néant les chances de voir la vraie opposition représentée lors du scrutin. L’argument est pertinent, surtout qu’il est toujours possible pour un candidat dont le dossier a été retenu de se retirer avant l’impression des bulletins de vote.

Le flou entretenu

Après que toutes les candidatures aient été validées, ceux qui attendaient une déclaration au sujet de la coalition sont restés sur leur faim. Entre temps, sur les différentes plateformes qui leur servent à communiquer, les candidats de l’opposition ont été plutôt avares en informations sur l’évolution des concertations devant abouti à la mise sur pied de la coalition, se contentant de réitérer leur volonté de faire partie d’une coalition.

Invité à une émission sur une chaîne privée, le candidat Maurice Kamto du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) à qui la question a encore été posée, a répondu que les travaux se poursuivaient, mais a bien précisé qu’il ne peut rien promettre pour le moment.

En attendant, chaque formation politique continue sereinement à mener ses activités de campagne. Il est évident que si la coalition fait partie des préoccupations des candidats – accordons-leur le bénéfice du doute – ce n’est visiblement pas leur priorité. Il suffit d’observer pour s’en rendre compte : le candidat Joshua Osih a présenté son programme politique le 22 août dernier à Douala, et les autres lui emboîteront bientôt le pas. Pareillement, une image circule présentant ce qui semble être le bulletin de vote du candidat du parti Univers qui, ces jours-ci, sera en tournée en Europe pour présenter son programme politique à la diaspora.

Guéguerres « fratricides »

S’il y avait encore un doute sur l’improbabilité de la coalition des partis de l’opposition engagées dans la course à l’élection présidentielle, les guerres que se livrent certains candidats devraient suffire à nous convaincre. Le candidat Akere Muna a par exemple récemment déclaré au cours d’une émission à la télévision qu’en 1992, le SDF a demandé d’annuler le recours déposé par lui en refusant d’avoir sollicité ses services comme avocat pour le dépôt dudit recours qui aurait permis de valider la victoire du SDF à l’élection présidentielle, accusant implicitement le parti de collusion avec le parti au pouvoir, et leur attribuant de facto une part de responsabilité dans la situation catastrophique qui est celle du Cameroun depuis plusieurs décennies.

Sur les réseaux sociaux également, les militants et/ou sympathisants des différents partis de l’opposition continuent de s’affronter à longueur de journée, ce qui n’augure rien de bon, pas plus que la récente démission de Célestin Djamen, militant du SDF, qui a décidé de rejoindre le MRC.

Préparer les électeurs

Maurice Kamto l’a dit, rien ne peut garantir que l’opposition présentera un candidat unique. D’ailleurs, tout porte à croire que ça n’a jamais été l’intention des leaders de l’opposition de s’unir car, comme l’a dit le candidat du MRC, « chacun veut être candidat ». Autant dire qu’il y a peu de chance de les voir abandonner leur rêve pour s’aligner derrière un autre leader, en dépit de ce qu’ils nous ont laissé croire jusqu’ici.

Les électeurs doivent donc déjà avoir à l’esprit que leurs champions iront à la bataille en rangs dispersés, et se préparer à aller voter selon la configuration actuelle, ce qui n’est pas forcément plus mal, sachant qu’une coalition n’est pas la solution-miracle, et que, avec ou sans coalition, il est possible de se débarrasser du parti au pouvoir et de son candidat.

Fotso Fonkam
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