L’« opposition » camerounaise forme enfin une coalition

L’« opposition » camerounaise forme enfin une coalition

Le 20 juillet 2018, 20 partis de l’opposition se sont alliés pour former une coalition de partis politiques pour le soutien de la candidature du président Paul Biya, candidat à sa propre succession.

Tout camerounais qui a suivi avec un minimum d’attention les élections présidentielles ces dernières années peut le dire : l’opposition camerounaise nous en a déjà fait voir de toutes les couleurs. Et juste au moment où on pensait avoir tout vu et tout entendu venant de ceux qu’il m’est de plus en plus difficile de qualifier de leaders de l’opposition, voilà qu’ils viennent de frapper où on ne s’y attendait pas.

La coalition qu’on n’attendait plus

Ces derniers jours sur internet, notamment sur certains blogs et sur les réseaux sociaux, nombre de camerounais ont exprimé leur déception face à ces leaders de l’opposition. Après avoir feint de vouloir s’unir, ils ont fini par déposer leurs dossiers de candidature séparément, réduisant à néant l’espoir d’assister enfin à un changement dans notre pays.

Mais, l’« opposition » a fait mieux : on apprend ce jour, preuve à l’appui, qu’une coalition de 20 partis dits de l’opposition a été créée. Et le plus inattendu, c’est que cette coalition a été mise sur pied pour soutenir la candidature du président Paul Biya à l’élection présidentielle du 7 octobre 2018.

Candidats malheureux, membres dissidents, etc.

En parcourant la liste des membres de la fameuse coalition, on retrouve, en plus des noms d’anciens candidats à l’élection présidentielle, les noms de certaines personnes qui ont été exclues de leurs formations politiques. Quelques jours avant la naissance de cette fameuse coalition, le Ministre de l’Administration Territoriale publiait un texte dans lequel, outrepassant ses droits, il désignait les représentants légaux de certains partis politiques. C’est donc sans surprise qu’on a retrouvé certaines de ces personnes parmi les membres de la coalition.

Dans la liste figurent également quelques noms de candidats qui venaient de déposer leurs dossiers de candidature pour l’élection, plus d’autres qui s’étaient déjà déclarés en faveur du candidat du parti au pouvoir et n’avaient pas jugé nécessaire de déposer une candidature. Avouons tout de même qu’une ou deux personnes, enfin, en ont surpris plus d’un à cause de la verve avec laquelle ces leaders politiques critiquaient le président actuel.

Au delà de la déception, rien de nouveau sous le soleil

Quand on y pense, la création de cette coalition, bien qu’elle soit aussi inattendue que décevante venant d’une « opposition » qui a passé le temps à critiquer le pouvoir et qui a même promis de chasser le président actuel et son régime, ne devrait pas être un événement. Comme nous l’avons dit plus haut, parmi les leaders de partis politique, plusieurs sont ouvertement alliés au RDPC (le parti au pouvoir). Alors qu’ils prêtent allégeance au président sortant individuellement ou bien en bande organisée ne change rien.

Je pense également que cette coalition, si elle a l’avantage de nous conforter dans l’idée que l’opposition est constituée de personnes qui se préoccupent plus de leur ventre que de l’avenir du pays, ne devrait pas constituer un problème : ceux qui la forment n’ont aucun poids politique, aucune influence. Leur présence ou non ne saurait constituer un avantage ni pour le pouvoir ni pour l’opposition.

La « vraie » opposition toujours divisée

En attendant le 7 octobre, la vraie opposition, celle qui a un peu d’influence et qui jouit d’une certaine réputation, se prépare. Elle compte affronter le parti au pouvoir et ses alliés en rangs dispersés, convaincue que la victoire est possible de cette façon. Tout en étant sceptique et inquiet, je reste curieux de voir comment le scrutin se déroulera dans quelques mois, parce qu’à vrai dire, la coalition des opposants affamés, c’est bien le dernier de mes soucis.

Image : Facebook

4 comments
Fotso Fonkam
CONTRIBUTOR
PROFILE

Posts Carousel

Leave a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked with *

4 Comments

  • Feed Brain
    26 juillet 2018, 7 h 37 min

    Bonjour;
    Comme je l’avais prédit 1 an plus tôt à certains confreres camerounais, Si le président actuel se représente, il doit forcément gagner> Nous en sommes à ce point. Il ne se presente par parce qu’ il aime tellement ce poste de Président, mais c’est aussi pour assurer le reste de ces jours. Quand on n’est plus président, on n’est plus rien aussi, ça va de pair, et un Mr comme PB a lui-même vu de toutes les scènes depuis 1982. Je parle de présidents mutilés comme des rats, et des moins que rien. ( Kadhafi, Olympio, Gbagbo, Doe…, la liste est longue). Je crois que PB est un homme qui ne souhaite pas vraiment passer par là.

    REPLY
    • Fotso Fonkam@Feed Brain
      26 juillet 2018, 8 h 17 min

      Tu avais parfaitement raison. Il se représente pour deux raisons : d’abord parce qu’il sait qu’il y aura toujours des camerounais à qui il pourra faire miroiter des choses pour obtenir leur soutien – donc sa réélection est presque certaine – et ensuite, il y a la possibilité qu’il soit poursuivi pour sa gestion si quelqu’un d’autre prend les rennes du pays. Il préfère clairement ne pas courir ce risque. En attendant, il a de fins stratèges qui parviennent à rallier même l’opposition à sa cause…

      REPLY
  • […] L’« opposition » camerounaise forme enfin une coalition […]

    REPLY
  • […] proposée par le candidat Cabral Libii qui a tourné au fiasco. Pire encore, le ralliement de Jean de Dieu Momo et de Jean-Jacques Ekindi, opposants de la première heure, au candidat du RDPC parti au pouvoir […]

    REPLY

Publications récentes