« L’opposition ne propose rien », mais que propose le pouvoir ?

« L’opposition ne propose rien », mais que propose le pouvoir ?

L’opposition camerounaise est accusée de ne rien proposer. En revanche, peu de camerounais s’inquiètent de ce que le pouvoir lui-même propose, ou de ce qu’il a réalisé depuis qu’il est aux affaires.

S’Il y a un reproche qui est régulièrement fait aux partis de l’opposition au Cameroun, c’est qu’ils ne proposent rien en terme d’alternative au régime en place, et que leur seul programme politique, c’est « Biya must go » (Biya doit partir). C’est un argument qui est balancé à l’aveuglette, chaque fois qu’on veut démontrer que l’opposition camerounaise n’a ni la compétence, ni les moyens, ni les idées pour remplacer valablement le parti au pouvoir et le régime en place depuis trop longtemps déjà.

« L’opposition ne propose rien. » Quelle opposition ?

Généralement c’est fait à dessein, mais dans le contexte actuel, il serait dangereux de mettre tous les leaders de l’opposition dans le même sac.

Il existe effectivement une certaine « opposition » constituée de caméléons qui changent de couleur politique au gré de leurs intérêts alimentaires personnels et qui, peut-être parce qu’ils sont les plus nombreux, parviennent à phagocyter les rares qui s’opposent vraiment. Ceux-là, pour la plupart ne proposent rien, puisqu’ils n’ont aucun poids, aucune présence, aucune ambition politiques et qu’en réalité, en bon suiveurs, ils préfèrent s’aligner derrière d’autres formations. Ils sont connus et reconnus, les « z’opposants » appartenant à cette espèce là.

Mais à côté, il y a les autres, moins nombreux, qui font des efforts au quotidien, vont sur le terrain, sont présents sur les réseaux sociaux, ont des sites internet… Ceux-là ont des programmes, des idées, des plans d’action, des projets de société, etc.

« Quelle alternative propose l’opposition ? » Alternative à quoi ?

C’est facile de dire que l’opposition ne propose rien. Surtout quand on prend l’opposition comme un bloc monolithique. Mais la question qu’on pourrait se poser c’est que propose le pouvoir ? Quel est son programme politique ? C’est une excellente chose que certains camerounais critiquent l’opposition sur son inertie – supposée ou réelle – ou sur son absence programme politique ou de projet de société – vraie ou fausse. Mais à quel moment demandons-nous les mêmes comptes au parti au pouvoir ?

Lors des dernières campagnes électorales, le programme du parti au pouvoir se résumait à quelques slogans : « Les grandes ambitions », « Les grandes réalisations », « Les grands chantiers » etc. Alors, pourquoi personne ne demande des comptes à ceux qui tiennent les rênes du pays, mais sont prêts à en découdre avec les autres qui n’y sont pas encore ? S’ils ont jamais eu un programme politique ou de société au Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), à quel pourcentage l’ont-ils réalisé ?

En attendant un éventuel bilan chiffré, le constat qu’on fait, c’est que le pays est géré à travers des plans d’urgence, que l’emploi est de plus en plus rare, le niveau scolaire en chute libre, que la santé se porte mal, l’eau est rare et l’énergie instable…

Que propose donc le pouvoir ?

Quelques recherches faites sur internet m’ont permis de retrouver le projet de société du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), ainsi que sur le programme politique en 3 axes du Cameroon’s People Party (CPP) dont la présidente Kah Walla n’est pas candidate à l’élection prochaine. Il y a Bernard Njonga du parti Croire au Cameroun (CRAC), qui a également renoncé à se présenter à la dernière minute, avec ses « 40 mesures pour faire décoller le Cameroun par l’agriculture en 5 ans ». Le programme détaillé du Peuple Uni pour la Rénovation Sociale (PURS) est également accessible en ligne et même téléchargeable. Il y a même un candidat indépendant – dont le dossier a été rejeté -, Etonde Etonde qui sur son site a déjà énoncé son projet de société en 60 points.

Cependant, je n’ai rien trouvé concernant un quelconque programme du parti au pouvoir, même après avoir parcouru le site officiel du RDPC. Peut-être n’ai-je pas bien cherché, ou alors le programme du parti au pouvoir ne se trouve pas en ligne. Pourtant nous sommes bien à l’ère des déclarations de candidature sur twitter, la moindre des choses serait que les programmes politiques soient sur internet.

Deux poids deux mesures

J’aime  que les camerounais demandent des garanties à l’opposition, se méfient des discours et promesses de ces derniers, soient attentifs à l’existence ou non de leurs programmes politiques ou projets de société. Mais je m’attends à ce que les mêmes règles soient appliquées avec le RDPC et le gouvernement en général et que, par exemple, des comptes soient demandés au régime en place, que les bilans détaillés et chiffrés de chaque septennat soient réclamés, et bien évidemment, que pour le scrutin à venir, tous les candidats soient traités de la même façon.

Photo : AP Photo/Sunday Alamba, File

2 comments
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2 Comments

  • Clara Nguematio
    14 août 2018, 13 h 40 min

    Merci déjà pour cet article qui pousse à la réflexion. Je demande bien comment la société civile pourrait réclamer un bilan du pouvoir en place ?

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    • Fotso Fonkam@Clara Nguematio
      15 août 2018, 0 h 23 min

      La société civile peut peut-être mettre la pression, mais je doute que ça serve à grand chose. Ceux qui ont besoin du bilan ce sont les électeurs. Et pour cela il faut déjà que ces derniers soient informés sur ce que le parti au pouvoir avait comme projet au dernier scrutin. Sans cette information, difficile de faire un bilan objectif. Malheureusement, l’information n’intéresse pas beaucoup les camerounais, et tant que ce n’est pas le cas, il sera difficile de faire un quelconque bilan

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